Parodontite
La parodontite est une maladie parodontale avec destruction osseuse. Diagnostic, détartrage profond, chirurgie et greffes selon les indications pour réduire le risque de perte dentaire.
Qu'est-ce que la parodontite ?
La parodontite est une maladie inflammatoire chronique des tissus de soutien de la dent — gencive, ligament alvéolo-dentaire, cément et os alvéolaire — associée à un biofilm bactérien dysbiotique. Contrairement à la gingivite, qui n'affecte que la gencive et est réversible, la parodontite entraîne une destruction irréversible des tissus osseux et ligamentaires. Elle représente l'une des principales causes de perte dentaire chez l'adulte.
La parodontite résulte d'un déséquilibre entre la virulence des bactéries parodontopathogènes — principalement des espèces anaérobies Gram-négatives comme Porphyromonas gingivalis, Tannerella forsythia et Treponema denticola — et les capacités de défense immunitaire de l'hôte. Ce déséquilibre conduit à une réaction inflammatoire chronique qui, paradoxalement, détruit davantage les tissus de soutien que les bactéries elles-mêmes.
La parodontite est souvent silencieuse pendant de nombreuses années : la destruction osseuse se produit de manière insidieuse, sans douleur dans la majorité des cas. C'est pourquoi des bilans parodontaux réguliers, incluant le sondage des poches et des radiographies, sont indispensables pour détecter précocement la maladie avant que la destruction osseuse ne devienne trop importante.
Des facteurs de risque systémiques peuvent accélérer la progression de la parodontite : le tabagisme est le plus important (il double ou triple le risque), suivi du diabète non équilibré, du stress chronique, de certains médicaments (immunosuppresseurs, anticonvulsivants, inhibiteurs calciques), et d'une prédisposition génétique. La maîtrise de ces facteurs de risque fait partie intégrante du traitement parodontal.
Diagnostic et classification de la parodontite
Selon la classification internationale de l'EFP/AAP 2017, la parodontite est classée en stades (I à IV selon la sévérité) et en grades (A, B, C selon la progression et les facteurs de risque). Ce système guide le choix thérapeutique et le pronostic. Le diagnostic repose sur le chart parodontal et le bilan radiologique.
Symptômes
- Saignement des gencives au brossage ou spontané
- Gencives gonflées, rouges ou violacées
- Mobilité dentaire progressive
- Sensation de dents qui s'allongent (récession gingivale et osseuse)
- Espacement dentaire progressif (migration des dents)
- Mauvaise haleine persistante (halitose)
- Abcès parodontaux récidivants
- Douleurs à la mastication dans les formes avancées
Signes cliniques
- Poches parodontales profondes > 4 mm avec perte d'attache clinique
- Saignement fréquent au sondage doux
- Lyse osseuse horizontale et/ou verticale à la radiographie
- Récessions gingivales exposant la racine des dents
- Atteintes de furcation (communication entre les racines des molaires)
- Mobilité dentaire de degré 1, 2 ou 3 selon l'atteinte osseuse
- Présence de tartre sous-gingival abondant
Bilan parodontal complet
Un bilan parodontal exhaustif est indispensable pour établir le stade et le grade de la maladie, planifier le traitement et servir de référence comparative lors des réévaluations. Il associe un examen clinique détaillé et un bilan radiologique complet.
Traitement de la parodontite
La thérapeutique initiale est la pierre angulaire du traitement parodontal. Elle vise à réduire la charge bactérienne sous-gingivale et à obtenir un assainissement des poches parodontales. Elle est réalisée en plusieurs séances, par quadrant ou par hémi-arcade, sous anesthésie locale.
- Instruction d'hygiène bucco-dentaire personnalisée : technique de brossage de Bass modifiée, utilisation des brossettes interdentaires adaptées au diamètre des espaces, fil dentaire
- Détartrage supra-gingival à l'ultrasone pour éliminer le tartre visible
- Surfaçage radiculaire (root planing) sous anesthésie locale : instrumentation des surfaces radiculaires pour éliminer le tartre sous-gingival et le biofilm bactérien
- Antibiothérapie adjuvante uniquement dans certaines situations sélectionnées, selon l'évaluation clinique et les recommandations en vigueur
- Contrôle des facteurs de risque : accompagnement au sevrage tabagique, optimisation de l'équilibre glycémique chez les diabétiques
Si des poches résiduelles profondes (≥ 5-6 mm) persistent 8 semaines après la thérapeutique initiale, une chirurgie parodontale d'accès est indiquée pour accéder aux zones radiculaires profondes inaccessibles aux instruments non chirurgicaux.
- Lambeaux de débridement : soulèvement d'un lambeau muco-périosté pour accéder aux surfaces radiculaires profondes et régulariser l'os alvéolaire (ostéoplastie)
- Régénération tissulaire guidée (RTG) : pose d'une membrane résorbable +/- substitut osseux dans les défauts osseux verticaux pour régénérer l'os et l'attache perdue
- Comblement osseux : greffe d'os autologue, allogreffe ou substitut osseux xenogène (Bio-Oss®) pour combler les défauts infra-osseux
- Chirurgies plastiques parodontales : greffes de tissu conjonctif pour recouvrir les récessions gingivales et épaissir le tissu kératinisé
- Résections osseuses : ostéoplastie et ostéotomie pour régulariser les crêtes osseuses irrégulières et créer un contour favorable à l'hygiène
- Maintenance parodontale : fréquence de rappel individualisée (souvent tous les 3 à 6 mois) sur le long terme